Il y a un lien à faire entre la dérive de l’ADQ et celle de la droite américaine.
Le parti de George W. Bush est aussi celui d’Abraham Lincoln - d’une droite lucide fondée sur la liberté et l’égalité. En 1948, Truman avait proposé un ambitieux agenda pour l’avancement des droits civiques, emportant avec lui au parti démocrate ceux qui étaient préoccupés par les tensions raciales et délaissant les démocrates du Sud. Le parti Républicain y avait vu une opportunité de se rallier une portion imposante de l’électorat – une première trahison d’importance.
Au fil des ans, ce courant s’élargit pour réunir les opposants de toute forme de progrès social. Le parti devint moins pragmatique et plus interventionniste en matière de politique étrangère tout comme en économie. Arrive W., et depuis les républicains augmentent largement les dépenses du gouvernement, doublent la dette du pays, mettent feu au Moyen-Orient et violent leur propre idéologie ainsi que la constitution de leur pays. À chaque virage, la soif du pouvoir mène vers le rejet de l’intellectualisme et à l’aveuglement face aux conséquences de tels actes.
La courte histoire de l’Action démocratique du Québec est évidemment moins dramatique, mais tout aussi marquée par la trahison de ses fondements et l’anti-intellectualisme. Le parti, né de la parution du rapport Allaire, se décrit d’abord comme l’héritier de Jean Lesage. L’ADQ prône alors le conservatisme fiscal et une approche pragmatique de la question nationale : un profond changement de la structure de la fédération canadienne, sans pour autant menacer les liens économiques à l’intérieur du pays.
Le parti appuie le Oui lors du référendum de 1995, puis, dans la défaite, exige qu’il n’y ait plus de référendum sur la question. Tout récemment, l’ADQ est allé jusqu’à suggérer le retour aux négociations à onze pour modifier la constitution, ce qui avait été exclu par le rapport Allaire et même par Robert Bourassa. Le populisme caractérise la majorité des autres prises de position marquées du parti, dont trop ont changé pour établir un fil conducteur cohérent dans le cheminent de celui-ci.
L’ADQ mise essentiellement sur la division et le cynisme – son opportunisme dans le débat des accommodements raisonnables ou son appui à CHOI-FM en sont des exemples - et, même lorsqu’elle avance des idées sensées, comme la diminution de la taille de l’état ou l’allègement du fardeau fiscal de la classe moyenne, elle est à court d’arguments et manque de nuance. Le parti ferme la porte aux intellectuels, comme Guy Laforest, de même qu’aux esprits libres et cohérents. Personne, ou presque, ne peut répondre de ses positions, sauf peut-être Mario Dumont.
Mais où est donc passée la droite? Celle qui possède la rigueur et la curiosité intellectuelle essentielle pour avancer des solutions crédibles aux problèmes complexes d’aujourd’hui, qui ne passent pas nécessairement par l’État-providence. Je refuse de croire qu’il n’existe pas dans l’électorat un nombre considérable de personnes prêtes à s’identifier à un courant politique respectable de centre-droit. Je vous confirme, par contre, que ce courant n’est pas actuellement représenté sur l’échiquier politique québécois.
Effectivement, le pire dans tout cela, c’est qu’il existe une droite intello au Québec, mais elle est actuellement dispersée au PQ, au PLQ et un peu à l’ADQ. Si un parti arrivait à fédérer des Joseph Facal, Jérome-Forget ou des Guy laforest derrière le même parti, la droite pourrait gagner.
Bonne remarque sur le parti républicain aux states, peu de chances savent qu’avant les années 1960, dans le sud, les démocrates dominaient.
Ton commentaire nous amène à prendre conscience que la question nationale fait ombrage au débat entre la gauche et la droite. Je ne dis pas que la discussion sur l’avenir du Québec est inutile, je ne fais qu’en constater un des effets.
Le fait que nos principaux partis soient bien au centre comporte plusieurs avantages, mais il n’est pas sain, selon moi, que les deux partis qui peuvent prendre le pouvoir avancent souvent les mêmes idées.
L’un propose 15 000 nouvelles places en CPE, l’autre 30 000.
Super intéressant!
D’une part, il est rafraîchissant de se rappeler l’histoire du Parti Républicain, qui avait avant l’évènement en question aucune – mais aucune – chance de remporter le Texas!
D’autre part, cette triste mais nécessaire vérité : la division de l’Assnat n’est pas entre la gauche et la droite, mais bien entre les souverainistes et les fédéralistes… Je suis Joseph Facal n’importe quand, mais mon opinion constitutionnelle m’empêche de suivre Madame Forget!
Pour l’ADQ…