Blogueur Zen (1/3): La privatisation d’Hydro-Québec

J’entame une série de billets au cours desquels je vanterai une proposition de chacun des principaux partis politiques. Puisque j’ai été particulièrement dur à l’endroit de Mario Dumont jusqu’à maintenant, je commencerai par l’ADQ.

La semaine dernière, Dumont a proposé la privatisation de 7.5% d’Hydro-Québec pour 10 milliards de dollars, laquelle somme servirait exclusivement au remboursement de la dette. 

Pour apprécier l’impact de cette proposition, il faut brièvement faire la synthèse de la situation financière du gouvernement du Québec. Le service de la dette représentera 8 milliards de dollars pour 2008-2009, ou 13% des dépenses du gouvernement (source: budget 2008-2009). La dette brute totale représente 140 milliards de dollars. De l’autre côté de la balance, il y a de nombreux actifs, dont Hydro-Québec qui est évalué à environ 135 milliards de dollars par l’ADQ. 

Certains diront que de vendre des parts d’Hydro et d’enlever une somme équivalente de la dette est une opération neutre, qu’aucune richesse n’est crée. Cela est vrai si notre participation dans Hydro-Québec est aussi rentable qu’une diminution de la dette peut l’être. En 2006-2007, Hydro-Québec a versé une dividende de 1.5 milliards à son actionnaire unique, le gouvernement du Québec. 7.5% de cette somme représente 112.5M$. Une réduction de la dette diminuerait pour sa part de 600M$ le service de la dette, selon les paramètres actuels. L’avantage pécunier me semble assez clair.

D’un point de vue social, la vente d’une si petite part de la société d’état n’aurait peu ou pas d’effet sur la gestion d’Hydro-Québec. Autant que Mario Dumont rêve lorsqu’il dit que les profits augmenteraient substantiellement grâce à la privatisation, cela ne causerait pas une hausse plus rapide du prix de l’énergie puisque Québec détiendrait toujours une écrasante majorité des parts. Il ne faut surtout pas craindre de se trouver sur une “pente glissante vers la privatisation totale” de la société d’état. Il n’y aurait jamais de progrès si on toujours pensait de cette manière, que ce soit pour des mesures progressistes ou libérales.

Puisque le Québec aura grandement besoin de ressources additionnelles pour faire face aux défis du futur et que la privatisation d’une part modérée de la société publique ne voudrait pas dire pour autant que les québecois perdent le contrôle de cette grande source de fierté, je suis d’avis que l’idée de l’ADQ est juste.

4 Réponses vers “Blogueur Zen (1/3): La privatisation d’Hydro-Québec”


  1. 1 PVJ 10.11.08 à 00.56

    Bonjour,

    Je vois un problème à ce calcul. Si on suppose que des gens seront prêts à investir 10G$ de dollars et qu’on suppose qu’il ne faudra leur retourner que 112,5M$ la première année, cela signifie un retour sur l’investissement de 1,125% (idéalement, il faudrait prendre en compte l’évolution dans le temps des dividendes). Il n’y a pas de quoi écrire à sa mère.

    Dans ces conditions, je me demande pourquoi quelqu’un voudrait investir dans Hydro-Québec alors qu’un simple compte chez ING Direct serait plus profitable.

    Le point de Jean Charest semble être bon. Pour qu’il y ait un rendement suffisant, il faudra hausser les tarifs ou du moins ajuster la valeur d’Hydro. Quoiqu’il en soit, je ne crois pas que, dans les paramètres proposés, ce soit même une option réalisable.

    Salutations.

  2. 2 ÉternelRetour 10.11.08 à 11.55

    Merci pour le commentaire, PVJ.

    Dans un premier temps, je voudrais clarifier mon commentaire concernant les effets de la privatisation. Je crois que les tarifs d’Hydro-Québec vont continuer d’augmenter, mais que le fait de vendre 7.5% des parts n’aura pas d’impact sur le rythme de cette hausse.

    L’augmentation de la tarification aura éventuellement pour effet de modérer la consommation électrique des québecois (qui est la deuxième plus élevée au monde) et ainsi nous permettre d’exporter davantage à l’extérieur de la province. J’imagine que c’est pour cette raison que les économistes estiment que la valeur d’Hydro-Québec est si élevée, malgré les revenus actuels qui peuvent en effet difficilement justifier le prix de vente.

    Là où je dois concéder que mon évaluation manque de nuance, c’est qu’une hausse des profits d’Hydro-Québec (hypothétique) augmentera la dividende versée aux actionnaire(s). La comparaison entre les 600M$ épargnés sur la dette et la dividende sur 7.5% des parts que j’avais estimée à 112.5M$ ne tiendrait donc plus. Il faut ainsi considérer la possibilité que la vente soit une mauvaise décision à long terme.

    Il est impossible de prévoir avec certitude les aléas du marché. Si les profits d’Hydro-Québec n’augmentent pas aussi rapidement que ce que prévoient certains économistes, la bonne décision aurait été de privatiser Hydro. J’estime qu’en vendant 7.5% des parts, on reconnait que la probabilité que ce scénario se produise est non nulle et on capitalise sur la spéculation actuelle.

  3. 3 Tetoine 10.11.08 à 13.45

    J’ai un problème avec la prémisse de base de cette proposition (que tu ne critiques pas), qui suppose que la vente de 7,5% des d’hydro-québec pourrait rapporter 10 milliards.

    Sérieusement, si la vente de 7,5% rapporte 10 milliards de capitaux, on estime la valeur totale d’hydro-québec à combien dans les bureaux de l’ADQ ? Les avoirs d’hydro-Québec sont de 20 milliards et son actif total de 60 milliards…

    La seule façon de confirmer les calculs de l’ADQ, c’est de hausser radicalement les tarifs d’électricités dans le but d’augmenter de façcon appréciable les profits d’hydro. Et cette politique s’opposerait à leur orientation de hausse “prévisible et raisonnable”.

  4. 4 ÉternelRetour 10.11.08 à 16.07

    Le chiffre de 120-140 milliards circule depuis longtemps, et pas seulement à l’ADQ. Jean-François Lisée, qui se décrit comme un péquiste social-démocrate aux dernières nouvelles, l’a justement repris vendredi dernier en entrevue (il propose de privatiser 25% d’HQ et estime qu’on épargnerait 2 milliards par année sur le service de la dette).

    C’est de la spéculation, je le reconnais, et c’est certain qu’elle doit reposer sur une hausse de la tarification. Si je dis que la privatisation n’aura pas d’effet là-dessus, c’est que je crois qu’une augmentation est nécessaire, qu’il y ait une privatisation ou non.

    Là où je crois que la proposition de l’ADQ ne tient pas la route, c’est qu’ils croient pouvoir trouver des acheteurs pour 10 milliards uniquement au Québec. Par ailleurs, il n’est pas mention d’augmentation des prestations ou de baisses d’impôt équivalentes aux augmentations dans le plan de l’ADQ. J’ai finalement tellement peu de confiance envers l’ADQ en général que je ne leur confierais pas quoi que ce soit. Je n’ai pas soulevé tout ça parce que le but de la série était de trouver du positif dans une proposition de chacun des partis.

    Peut-être ai-je ainsi manqué à mes responsabilités de blogueur …


Laisser un commentaire