La part des choses

Même au Québec, la droite et la gauche se lancent la balle dans l’analyse des causes de la crise financière aux Étas-Unis.

Geloso:

(…) La crise des supbrimes (ou credit crunch) aux États-Unis est dûe particuliérement au gouvernement qui a trouvé, sous l’administration Clinton, milles et unes réglementations (qui entraînent des distorsions économiques au niveau de la valeur et des prix) pour stimuler le taux d’individus possédant des maisons.

Antipollution:

(…) L’actuelle crise économique a été causée par l’idéologie du laissé-faire des marchés capable de s’autoréguler seuls, cette théorie si chère aux libertariens.

La vérité se trouve rarement dans les extrêmes. J’avancerai donc en toute modestie un analyse plus centré, en tentant tout de même d’être bien clair et d’éviter la facilité du relativisme. 

La droite a le mérite de contredire le consensus qui semble émerger des médias voulant que la crise soit le fruit d’une déréglementation à tout azimut. La réalité est autre, car les actions posées par le gouvernement américain étaient ciblées. L’administration Clinton cherchait effectivement à augmenter le nombre de propriétaires, surtout chez les minorités, notamment par le renforcement du Community Reinvestment Act  qui exige que les banques donnent des prêts partout où ils recoivent des dépôts, et la mise en place d’objectifs pour Fannie Mae et Freddie Mac dans les milieux à faible revenu.

Les intentions à l’origine de ces mesures sont louables (ou électoralistes, dépendamment de votre niveau de cynisme), mais il n’en demeure pas moins qu’ils furent le coup d’envoi de la spirale inflationiste dans l’immobilier dont nous avons été témoins.

La perte de contrôle de la situation et l’éclatement subséquent n’auraient pas été possibles sans le Gramm-Leach-Bliley Act.  Voilà la déréglementation qui entre en jeu.

GLB est souvent cité pour toutes sortes de raisons (souvent à tort) comme étant la cause de la crise. Il n’y a cependant qu’un seul argument à cet égard qui m’apparait impossible à défaire. Les provisions de la loi ont permis la consolidation du secteur financié américain, créant des banques tellement grosses qu’elles étaient invincibles (“too big to fail“) et ainsi aveugles face au risque. Le gouvernement n’aurait pas le choix de les sauver si elles sombraient. 

Tout le monde, avec ou sans emploi, qu’il soit endetté jusqu’au cou ou non, a ainsi eu le droit à son prêt hypothécaire, même les immigrants illégaux. Était-ce l’intention du gouvernement? Certainement pas, mais l’impulsion fut donnée par l’État et l’amplitude de la crise rendue possible par son désengagement.

2 Réponses vers “La part des choses”


  1. 1 AntiPollution 3.11.08 à 17.33

    En lisant tout le texte de wikipedia sur le Community Reinvestment Act, républicains et démocrates ne s’entendent pas sur les causes de la crise économique.
    Mais, il est quand même écrit en toutes lettres que le CRA n’est que peu responsable des “subprime loans” et que ceux vendus n’étaient pas sous le contrôle du CRA. Donc d’un marché qui devait s’autoréguler.

    Je ne vois pas pourquoi cette position est extrémiste par rapport à une autre.

  2. 2 ÉternelRetour 3.11.08 à 21.23

    À mes yeux, le CRA est un exemple de législation comme il y en a d’autres qui ont incité les banques à financer des gens qui n’avaient pas les moyens de soutenir leur hypothèque. Celà a eu pour effet de faire augmenter la valeur des maisons et par un effet d’entraînement (qui je crois aurait pu être évité si ce n’était de la dérégulation) à l’éclatement que l’on a vu.

    Le CRA est un élément du problème mais certainement pas la cause entière. Il est tout aussi exagéré de dire que la dérégulation est le seul responsable.


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