André Pratte tente aujourd’hui de nous convaincre que les québécois n’ont pas de raison valable de s’en prendre au gouvernement Charest pour sa décision (imminente) de déclencher les élections. Si Pratte a raison sur le constat, c’est-à-dire que les québécois seront à peu près toujours contre la tenue d’élections, principalement par cynisme envers le système politique, en revanche il est fort difficile de prétendre qu’il n’y a pas de raison légitime de questionner la pertinence du scrutin.
Certes, le PQ a donné une occasion en or à Charest avec le pseudo-défi lancé par l’outrecuidant Sylvain Simard mais justement, on le sait tous, le premier ministre ne cherchait qu’un prétexte pour se lancer sur le sentier de guerre. Le contexte est favorable pour lui (surtout plus favorable qu’il risque de l’être dans quelques mois) et le chef du gouvernement est libre de déclencher les élections au moment le plus avantageux pour son parti. Il n’en demeure pas moins que ces manoeuvres n’ont rien d’avantageux pour la démocratie ou les québécois.
En temps normal, les électeurs pourraient tout simplement accepter cette réalité du jeu politique québécois, en vouloir un peu à Jean Charest pour son opportunisme et tourner la page. Inutile de vous le dire, la population a été consultée ad nauseam ces dernières années et nous sommes vraisemblablement à la veille d’une grave crise financière. On peut donc anticiper un taux de participation anémique et possiblement une certaine turbulence pendant et après la campagne, sans gouvernement en place. En quoi la situation des québécois peut-elle être améliorée ainsi?
L’instinct politique de Jean Charest est bon, il demeurera probablement en selle. Malheureusement pour nous, il nous fait la preuve qu’il est bien meilleur politicien que premier ministre.
La crise économique est au coeur des discours des deux oppositions. Celle-ci sert malheureusement de prétexte à tout le monde. Comme il est bien meilleur politicien que premier ministre, Jean Charest préfère être opportuniste mais il à tout faux. En déclenchant des élections, il ne fera que contribuer au cynisme que les citoyens entretiennent à l’égard de la politique. Les intérêts électoraux ne sont pas subséquents et aurait comme conséquence un autre gouvernement minoriataire. A quoi bon dépenser des millions pour en retourner au point de départ? À ce stade-ci, l’heure est à la coopération entre les partis. Une trève électorale devrait être levée pour une année!