Archive pour octobre 2008

Mes dons de clairvoyance confirmés

Il ne faut pas se fier aux rumeurs venant de “sources anonymes du parti”. Bob Rae annonce qu’il sera candidat.

Mise à jour: Rae devait être hors de lui pour se résigner à annoncer sa candidature un vendredi à 17h00. Le pacte de non-agression entre lui et Ignatieff aura duré à peine une semaine.

Qui dit vrai?

 

 

 

 

 

 

Ivinson du National Post avance que la nomination de Prentice à l’environnement est reliée à son ambition de devenir un jour chef du parti conservateur.  Son raisonnement veut que le défi de protéger l’environnement sans nuire à l’industrie de l’énergie en est un qui est impossible à relever pour le député de Calgary, l’empêchant de devenir trop populaire et ainsi menacer le leadership de Harper.  Cette théorie me parrait excessivement cynique, sachant qu’il fut aussi nommé président du puissant comité des opérations.

À l’inverse, Chantal Hébert, faisant preuve de bonne foi (pour ne pas dire un brin de naïveté), estime que l’arrivée du tenor du parti à l’environnement est signe que Harper reconnait maintenant que “ce qui est bon pour la planète est essentiel à l’économie canadienne”.

Les coulisses du pouvoir

Un trio de poids lourds de l’establishment Libéral s’est rangé derrière Michael Ignatieff, qui n’a toujours pas annoncé sa candidature officielle à la course à la succession du PLC.  Les rumeurs venant de sources anonymes dans des articles du genre sont toujours douteuses, mais le retrait de Rae est plus plausible qu’on pourrait le croire.

S’il est vrai que l’ancien premier ministre de l’Ontario ait depuis longtemps l’ultime ambition, les différends entre lui et Ignatieff, colocataires à l’université, ont souvent été exagérés. On raconte même que Rae avait l’intention d’appuyer Ignatieff à la dernière ronde de la course à la chefferie de 2006, mais que ses principaux contributeurs l’auraient incité à faire autrement, sous pression de Jean Chrétien. 

Chose certaine, le parti libéral aurait tout a gagner d’une course décidée derrière les rideaux en faveur d’un des deux titans. Les tierces candidatures ne sont plausibles que dans une dynamique Ignatieff-Rae où un troisième candidat peut émerger comme le choix du compromis entre les deux clans.  Malgré l’abondance de candidatures intéressantes, dont celle de Dominic LeBlanc, le parti n’a ni le temps, ni les moyens de se payer une course qui durerait jusqu’en mai.

L’ombre d’un monstre

À coups de reportages dramatiques sur la crise financière et d’un “sauvetage” de 25 milliards de dollars pour les banques canadiennes (qui n’en avaient nullement besoin), on a finit par faire croire à la population que le Canada était au bord du gouffre.  Aujourd’hui, on va prétendre que si le PIB est en recul, c’est que les effets du ralentissement mondial se font ressentir.  On constate que c’est la chute de 3.1% du commerce en détail qui est le principal responsable de cette donnée. À moins que ces chiffres soient accompagnés de pertes d’emplois élevées, on doit plutôt supposer qu’il s’agit en grande partie d’une conséquence de la dramatisation de la situation: nous avons peur. 

Je ne nie certainement pas l’existence d’une crise financière mondiale. Celle-ci aura assurément des répercussions au Canada, dont l’économie est gonflée par les exportations de pétrole de l’Ouest. La chute du prix du baril exigera que le gouvernement révise ses dépenses à la baisse et que les pétrolières remettent certains projets sur les tablettes, mais cette industrie n’a rien à craindre. Les difficultés du secteur manufacturier seront atténuées par la baisse du huard. Cependant, en toute franchise, il serait futile d’espérer une relance de ce secteur malmené alors que 50% de nos exportations sont destinées aux États-Unis.  Par ailleurs, dans un contexte de vieillissement de la population, la triste situation des aînés dont la caisse de retraite a fondue n’est pas à négliger. 

Il n’en demeure pas moins que les institutions financières du pays sont solides et donc que nous vivons pas le même manque de liquidités que nos voisins du Sud, qui paralyse le développement et même les opérations des entreprises américaines ainsi que les finances des consommateurs.  En cas de cataclysme, tant anticipé par les médias semble-il, le gouvernement fédéral a récolté des surplus considérables et est donc bien positionné pour intervenir. 

On trouve d’autres analyses sur la crise financière et ses effets au Canada un peu partout sur la blogosphère, dont un billet bien intéressant de Geloso, auquel j’aimerais bien réagir bientôt.

Une autre qui n’en peut plus

Bryan Breguet:

Si (et je dis bien si) il faut intervenir pour faire face à cette crise financière, il me semble qu’il serait préférable d’avoir en poste un gouvernement effectif qui peut prendre des décisions, au lieu d’aller en élections et de perdre près de 2 mois.

J’ai donné ma perspective sur le sujet hier.

Un nouveau cabinet?

Tiré du Vancouver Sun

Du biais des sondages sur le biais

L’Antagoniste dénonce les journalistes américains, les traitant d’agents politiques (présumément au service des démocrates) dans le dernier volet d’une série de billets (sans fin?) sur son blogue qui dénonce le biais médiatique dans la course présidentielle américaine.  Il nous cite une étude du Pew Research Center et culmine vers ceci:

Élection présidentielle 2008:
Démocrate: 70% des électeurs considèrent que les médias favorisent Barack Obama.
Républicain: 9% des électeurs considèrent que les médias favorisent John McCain.

2008, l’année où la longue agonie du journalisme s’est terminée parce que le journalisme est mort…

Si l’on veut parler de biais, que l’on commence par la méthodologie du sondage.

Au mois d’octobre, Obama a effectué une montée de 6 points dans l’opinion publique selon la moyenne des sondeurs, alors que son adversaire et sa colistière se sont enlisés. Il est donc tout à fait prévisible que les électeurs sollicités pendant cette période aient répondu que la couverture médiatique favorisait le candidat démocrate puisque dans les faits, il y avait des bonnes nouvelles pour lui et des plutôt mauvaises (pour ne pas dire catastrophiques) nouvelles pour McCain. Faisons l’exercice plus tard, ou même cette semaine, alors que les républicains remontent dans les sondages, et vous pouvez anticiper un résultat radicalement différent. 

Si l’on écarte le sondage de 2008, les répondants ont en moyenne estimé dans une proportion de 52% que les médias favorisaient le candidat démocrate, depuis 1992. Il n’y a rien là d’une vaste conspiration des médias, et ça, c’est si on accepte pour un moment que l’électeur moyen est un évaluateur objectif de la couverture des médias dans une course présidentielle.

Un pacte?

Lavoie écrit qu’un apaisement à l’Assemblée Nationale n’est possible que si Dumont ou Marois s’engagent à maintenir le gouvernement Charest en vie:

Malgré sa valse-hésitation d’hier, la machine électorale de Jean Charest est lancée. Vous l’imaginez, la semaine prochaine, annoncer qu’après mûre réflexion, il a décidé d’attendre à plus tard? Ça ferait une belle jambe à la délégation de cinq provinces qu’il devait diriger en Chine et qu’il aurait laissé tomber à la dernière minute sans raison valable… À bien y penser, seule une promesse formelle de Pauline Marois ou de Mario Dumont d’appuyer le gouvernement pendant un an pourrait justifier un virage.

Dans un premier temps, serait-ce possible qu’un des deux chefs d’opposition avance une telle proposition?  

J’estime que les troupes de Pauline Marois voudraient bien d’une élection qui pourrait tasser l’ADQ du paysage politique, même s’ils sont incertains de pouvoir la gagner. C’est possiblement une autre histoire pour Pauline Marois, qui pourrait craindre de se faire pousser vers la sortie précipitament en cas de défaite. Il serait toutefois peu problable qu’on agisse de la sorte dans le scénario actuel, où le PQ fait des gains considérables aux dépends de l’ADQ. Le PQ devrait donc continuer au courant des prochains jours à prétendre qu’il ne veut pas d’élections, comme ce matin, sans toutefois donner de véritable porte de sortie au gouvernement.

Pour Mario Dumont, c’est plus difficile. Le chef de l’ADQ a rebondit tellement souvent que je pourrais fort bien regretter ce qui suit, mais c’est certain qu’un retour aux années d’une très maigre députation de l’ADQ pourrait signifier la fin pour son règne et peut-être même de son parti. Vivre une année de plus à titre d’opposition officielle, même sous une humiliation dionesque (combien de fois se sont-ils abstenus, déjà?), c’est mieux qu’une fin dans la solitude et le froid d’un hiver québécois.

Si Dumont lui offre son appui, Charest devra l’accepter, humblement.

Défendre l’indéfendable…

André Pratte tente aujourd’hui de nous convaincre que les québécois n’ont pas de raison valable de s’en prendre au gouvernement Charest pour sa décision (imminente) de déclencher les élections. Si Pratte a raison sur le constat, c’est-à-dire que les québécois seront à peu près toujours contre la tenue d’élections, principalement par cynisme envers le système politique, en revanche il est fort difficile de prétendre qu’il n’y a pas de raison légitime de questionner la pertinence du scrutin. 

Certes, le PQ a donné une occasion en or à Charest avec le pseudo-défi lancé par l’outrecuidant Sylvain Simard mais justement, on le sait tous, le premier ministre ne cherchait qu’un prétexte pour se lancer sur le sentier de guerre. Le contexte est favorable pour lui (surtout plus favorable qu’il risque de l’être dans quelques mois) et le chef du gouvernement est libre de déclencher les élections au moment le plus avantageux pour son parti. Il n’en demeure pas moins que ces manoeuvres n’ont rien d’avantageux pour la démocratie ou les québécois.  

En temps normal, les électeurs pourraient tout simplement accepter cette réalité du jeu politique québécois, en vouloir un peu à Jean Charest pour son opportunisme et tourner la page.  Inutile de vous le dire, la population a été consultée ad nauseam ces dernières années et nous sommes vraisemblablement à la veille d’une grave crise financière. On peut donc anticiper un taux de participation anémique et possiblement une certaine turbulence pendant et après la campagne, sans gouvernement en place. En quoi la situation des québécois peut-elle être améliorée ainsi?

L’instinct politique de Jean Charest est bon, il demeurera probablement en selle. Malheureusement pour nous, il nous fait la preuve qu’il est bien meilleur politicien que premier ministre.

Voilà pourquoi il va gagner.

Tiré du blogue d’Andrew Sullivan.

L’éternel retour

Quand j’ai choisi le nom de mon blogue ce matin, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si facile d’en faire un titre pour un billet! Selon Radio-Canada, des élections seront déclenchées la semaine prochaine. Ce sera la quatrième fois en deux ans que les québecois sont appelés aux urnes au palier fédéral ou provincial. 

Au cours des prochaines semaines, Jean Charest pourrait donc être confronté à des électeurs en colère, tentés de le tenir responsable d’une crise financière planétaire. Pour l’instant, il semble détenir l’avantage stratégique, ayant une équipe assez crédible au plan économique (je parle ici principalement de Raymond Bachand), bénéficiant de l’effondrement de l’ADQ et d’une avance dans l’opinion publique selon ses sondeurs.  
Le PQ devra jongler avec le thème principal de la campagne, l’économie (ça, vous le saviez), et la souveraineté, pour plaire à sa base. Il devra mettre de l’avant les Legault, Facal (!) et Landry (!!), qui sont très solides sur ce plan. Avec des noms comme ceux-là qui y contribuent, la plateforme pourrait en surprendre plusieurs, à commencer par les libéraux, qui semblent jouer la carte de la stabilité pour le moment.
Pour l’ADQ, le contexte pourrait difficilement être pire. Être à court d’idées sérieuses, alors qu’ils ont toujours représenté le changement (à défaut d’être un choix établi), c’est catastrophique. Qui plus est, avec leurs récentes envolées sur la constitution et l’intervention gouvernementale en grande pompe pour contrer la crise financière, ils ne peuvent même plus prétendre être un parti de centre-droit, pragmatique sur la question nationale.

La rancune des québecois?

Selon Patrick Lagacé, qui tente d’éclairer les commentateurs anglais du Canada, bafoués par le rejet québécois des partis fédéralistes, tout a pour point de départ l’échec de Meech en 1990. Il n’a pas tort, évidemment, puisque cela a directement mené à la création du Bloc Québécois. 

Cela ne m’empêche pas d’être en désaccord avec l’association faite par certains commentateurs entre le vote bloquiste aux dernières élections et les ambitions constitutionnelles des québécois ou un quelconque souvenir de Meech. Je crois plutôt que le succès du bloc au québec est principalement attribuable au fait qu’il est un parti régional qui exploite bien cette particularité. Il n’est pas nécessaire d’être souverainiste pour souhaiter améliorer sa situation plus que celle des “autres”. 

Que ce soit dans l’Ouest canadien avec le Reform Party, en Inde où les gouvernements sont formés depuis longtemps de coallitions des partis régionaux, ou même dans une moindre mesure aux Étas-Unis, où le clivage entre les états traditionnellements rouges et bleus n’est atténué que par une dizaine d’états qui peuvent réellement basculer, l’aspect de la régionalité est souvent présent, ici comme ailleurs. Dans les deux derniers cas, cette réalité n’empêche pas les régions concernées d’accéder au pouvoir alors que la présence du premier sur la scène fédérale canadienne a eu pour effet d’éliminer la voix de l’Ouest au gouvernement et la disparition du parti.  

Comment les partis fédéralistes peuvent-ils convaincre les québécois qu’ils vont mieux défendre leur intérêts quand un parti régional se dévoue exclusivement à cette cause? Voilà la question à laquelle ils aimeraient bien avoir la réponse parfaite, mais dont seule la moins mauvaise m’est connue: c’est à l’intérieur du gouvernement que les québécois peuvent être le mieux placés pour agîr.  Difficile à croire lorsque le gouvernement fédéral est composé d’un seul homme.

Adam Smith, le socialiste

On parle depuis déjà 3 semaines dans les médias internationaux du fameux commentaire de Barack Obama quant à la distribution de la richesse. Depuis, la droite américaine n’a toujours pas lâché le morceau et le traite de socialiste sur toutes les tribunes. 

N’en déplaise aux républicains, la distribution de la richesse est la source même de la démocratisation de l’économie et est essentielle au fonctionnement du capitalisme. Le principe est présent dans la philosophie économique d’Adam Smith tout comme dans les politiques de nombreux républicains, en passant par les écrits de mon économiste fétiche, Marriner S. Eccles, qui fut chairman de la Fed sous FDR. 


Ce dernier eut d’ailleurs cet analyse assez clairvoyant, à la lumière de la crise financière actuelle, des causes de la grande dépression de 1929 :

As mass production has to be accompanied by mass consumption, mass consumption, in turn, implies a distribution of wealth — not of existing wealth, but of wealth as it is currently produced — to provide men with buying power equal to the amount of goods and services offered by the nation’s economic machinery. 

Instead of achieving that kind of distribution, a giant suction pump had by 1929-30 drawn into a few hands an increasing portion of currently produced wealth. This served them as capital accumulations. But by taking purchasing power out of the hands of mass consumers, the savers denied to themselves the kind of effective demand for their products that would justify a reinvestment of their capital accumulations in new plants. In consequence, as in a poker game where the chips were concentrated in fewer and fewer hands, the other fellows could stay in the game only by borrowing. When their credit ran out, the game stopped.

 

 

 

Non

Je ne suis pas un maniaque de philo.  Je n’ai pas de conception profonde de ce que peut signifier l’éternel retour à partager avec vous. 

Malheureusement (ou heureusement, pour ceux qui, comme moi, n’ont pas la tête à ça), le titre fait simplement référence à mon habitude de mettre l’actualité en contexte avec le passé.  Au fait, ce n’est même pas une promesse de le faire avec dilligence, ce titre n’est qu’une une impulsion du moment. Et vlà!